En Belgique, le fatbike est passé en quelques mois du statut d’OVNI à celui de star des pistes cyclables. Ventes en hausse, mini-motos électriques sur les pistes, accidents qui inquiètent et projets de casque obligatoire : le débat est lancé !

L’essentiel de l’article :
- Le fatbike électrique connaît un vrai boom en Belgique et aux Pays-Bas.
- Les autorités s’inquiètent des excès de vitesse, des accidents et des modèles illégaux.
- En Belgique, un bras de fer oppose partisans de nouvelles obligations (casque, plaque, assurance).
- Pour les usagers, le défi est simple : profiter du fatbike… sans tomber dans l’illégalité.
Fatbike : pourquoi ce vélo électrique cartonne en ville ?
Au départ, le fatbike électrique est pensé pour rouler dans le sable ou la neige, avec ses pneus larges qui accrochent partout. Mais en réalité, on le voit surtout en ville, où il joue les SUV des pistes cyclables.
Ce qui plaît, c’est d’abord le style. On est entre le vélo, le cyclomoteur vintage et la mini-moto. Les jeunes adorent, les livreurs aussi, et de plus en plus d’actifs s’y mettent pour traverser la ville sans transpirer, sans bouchons et sans PV de stationnement.
Autre gros argument : la possibilité de rouler à deux. Beaucoup de modèles ont une selle longue, pensée pour transporter un passager. C’est le cas de certains modèles biplaces comme le Voltaire Paname, un fatbike électrique biplace très en vue chez les citadins ; on en parle en détail dans notre test complet du Voltaire Paname, le fatbike électrique biplace qui fait sensation.
Et côté chiffres, on comprend pourquoi le phénomène fait parler. Aux Pays-Bas, les ventes de fatbikes ont dépassé les 100 000 unités en 2024, soit plus d’un vélo sur dix vendu dans le pays. En Belgique, l’e-bike dans son ensemble représente désormais plus de la moitié des ventes de vélos, et le fatbike tire clairement cette tendance, même si les statistiques officielles le mélangent encore souvent aux vélos de ville.
Belgique : le fatbike au cœur d’un bras de fer politique
Un marché e-bike en pleine explosion
Si la Belgique est devenue en quelques années un « paradis » du vélo électrique, ce n’est pas un hasard. Le pays est champion des speed-pedelecs (ces VAE jusqu’à 45 km/h) et mise beaucoup sur la mobilité douce pour désengorger les villes.
Mais l’irruption massive du fatbike en Belgique vient bousculer ce bel équilibre. D’un côté, les usagers voient un moyen pratique, confortable et fun de se déplacer. De l’autre, les autorités et une partie de l’opinion publique s’inquiètent des excès : vélos bricolés, moteurs surpuissants, dépassement des 25 km/h légaux, circulation sur trottoirs ou dans des rues très denses.
Casque, gilet, plaque : un tournant politique
Le débat s’est enflammé lorsque le ministre de la Mobilité belge a évoqué l’idée de rendre obligatoire le casque, le gilet jaune, une plaque d’immatriculation et même une assurance spécifique pour les fatbikes et autres vélos électriques rapides.
Sur le papier, ça peut sembler logique : si ces engins roulent comme des cyclomoteurs, pourquoi ne pas les traiter comme tels ? Mais du côté de LEVA-EU, l’organisation européenne qui représente les acteurs du vélo électrique, le message est clair : attention à ne pas casser la dynamique d’un marché qui marche bien et à ne pas créer un patchwork de règles nationales.
Selon cette organisation, le cadre technique européen existe déjà pour les vélos électriques, y compris les fatbikes. Pour elle, le vrai problème n’est pas le manque de lois, mais le manque de contrôle sur les vélos illégaux ou modifiés. En gros : avant d’inventer de nouvelles obligations pour tout le monde, mieux vaudrait faire respecter les règles existantes et mieux surveiller les importations.
Accidents, vélos illégaux et Ouxi V8 : la face sombre du fatbike
Quand le fatbike sort du cadre légal
Derrière le look cool du fatbike électrique, il y a aussi une réalité beaucoup moins glamour : celle des vélos non conformes qui circulent déjà en masse en Europe.
Dans plusieurs pays, les autorités ont tiré la sonnette d’alarme après une hausse des accidents impliquant des vélos électriques débridés ou trop puissants. Des contrôles ont montré que certains modèles vendus en ligne dépassaient largement les 25 km/h autorisés pour un VAE, voire intégraient des poignées d’accélérateur fonctionnant sans pédalage, ce qui les fait basculer clairement dans la catégorie cyclomoteur.
Le cas Ouxi V8, symbole d’un marché hors-piste
Un cas a particulièrement marqué les esprits : celui du fatbike Ouxi V8. L’Union européenne a officiellement considéré ce modèle comme non conforme, en raison notamment de sa capacité à dépasser largement la vitesse limite des vélos électriques. Résultat : retrait du marché et interdiction de vente dans l’UE.
Pour le grand public, ce genre d’affaire révèle un point essentiel : tous les fatbikes électriques ne se valent pas, loin de là. Entre les marques sérieuses, qui développent de vrais vélos conformes, et les importations douteuses, parfois vendues à prix cassé sur des marketplaces, l’écart est énorme.
Pour ceux qui se demandent quel fatbike électrique choisir, les marques et les configurations se multiplient. Pour s’y retrouver, on a d’ailleurs préparé une sélection des modèles les plus sérieux dans notre guide : Quel est le meilleur Fat Bike électrique ? Notre sélection des meilleurs modèles.
Plus de contrôles, moins de nouvelles règles ?
Du côté des professionnels du secteur, beaucoup plaident, comme LEVA-EU, pour un renforcement massif de la surveillance du marché : contrôles en douane, tests techniques, sanctions pour les importateurs qui jouent avec les règles. L’idée, c’est de traiter le problème à la source plutôt que de multiplier les restrictions pour les usagers qui roulent avec un vélo légal.
Et en France, on fait quoi ? Le débat arrive aussi chez nous
Même si l’actualité brûlante se situe en ce moment en Belgique et aux Pays-Bas, la France n’est clairement pas à l’écart. Dans des villes comme Paris, Bordeaux ou Strasbourg, on voit de plus en plus de fatbikes électriques partager, parfois difficilement, la piste avec les vélos classiques.
Les témoignages se ressemblent : vélos très rapides, parfois deux personnes à bord, circulation en zigzag, dépassements serrés… et des cyclistes plus « traditionnels » qui commencent à se sentir un peu à l’étroit. Certains médias n’hésitent pas à comparer ces engins à des SUV des pistes cyclables.
Pourtant, la règle est simple sur le papier : en France comme ailleurs dans l’UE, un vélo à assistance électrique est limité à 25 km/h, avec un moteur de 250 W qui ne fonctionne que quand on pédale. Au-delà, on passe dans une autre catégorie (cyclomoteur), avec casque, assurance, immatriculation et tout ce qui va avec.
Le problème, c’est qu’entre la théorie et la pratique, il y a un monde. Des fatbikes dérégulés circulent déjà, certains avec des moteurs bien plus puissants ou des kits de débridage vendus en quelques clics. Le tout, souvent sans assurance et sans réelle conscience des risques.
Du coup, on peut parier sans trop se tromper que le débat belge sur la réglementation du fatbike va rapidement inspirer les autorités françaises : faut-il renforcer les contrôles ? Mieux encadrer les ventes en ligne ? Créer une catégorie spécifique pour ces vélos au look de mini-moto ? Rien n’est tranché, mais la discussion ne fait que commencer.
Fatbike : comment en profiter sans finir hors-la-loi ?
Les bons réflexes pour rester du bon côté de la loi?
Au final, le fatbike est un peu victime de son succès. Son confort, son look et sa polyvalence en font un vélo électrique hyper séduisant pour le quotidien. Mais son image est en grande partie influencée par les modèles illégaux et les usages à la limite (ou carrément en dehors) du cadre.
En tant qu’utilisateur, la meilleure chose à faire, c’est de rester lucide :
- vérifier que le modèle respecte bien les limites légales (25 km/h, 250 W, assistance uniquement au pédalage) ;
- éviter les kits de débridage et les « astuces » trouvées sur les réseaux sociaux ;
- privilégier des marques sérieuses ou des revendeurs qui assurent le SAV ;
- porter un casque, même s’il n’est pas toujours obligatoire.
Pour mieux comprendre l’envers du décor, notamment l’arrivée massive de vélos électriques non conformes en Europe, on revient en détail sur le sujet dans notre dossier : L’UE face à l’afflux de vélos électriques chinois non conformes.
En conclusion : le fatbike, avenir ou impasse ?
Le fatbike est clairement là pour rester. Son succès en Belgique, aux Pays-Bas et dans les grandes villes françaises montre qu’il répond à un vrai besoin : se déplacer vite, confortablement et avec un style qui tranche avec le vélo classique.
Mais pour que ce vélo électrique pas comme les autres ne devienne pas le bouc émissaire de tous les problèmes de circulation, il va falloir trouver le bon équilibre entre plaisir, sécurité et règles du jeu claires. C’est tout l’enjeu des discussions actuelles entre Bruxelles, les acteurs du secteur et les autorités nationales.
Et si vous voulez voir à quel point le marché gris peut exploser, l’affaire des 70 000 VAE saisis à Montreuil est assez parlante : on décrypte les mécanismes de fraude et les bons réflexes à avoir dans notre article Fraude aux vélos électriques : comment éviter l’arnaque ?
